Témoignages

Stage de yoga à Bobo-Dioulasso du 16 décembre 2005 au 2 janvier 2006.

Objectif du voyage :

Après deux années de correspondance entre Gérard Aria et Prosper Dioma, sur le forum, le but du voyage est d’aider Prosper Dioma dans l’animation de son groupe de yoga.

Moyens utilisés :

  • Aller animer un stage de yoga de deux semaines à Bobo-Dioulasso.
  • Lui transmettre un cours de yoga complet.
  • Lui apporter ma collection de revues d’André van Lysebeth.
  • Lui apporter des livres de yoga collectés par les Amis d’AVL.

Pour plus d'informations, visiter le site de Aria Gérard : http://perso.wanadoo.fr/aria.yoga

Samedi 10 décembre 2005

Après 3 mois de préparatifs, c'est la dernière ligne droite. Je ne dors plus et je rumine le voyage car la douane m'inquiète!
J'ai un sac bleu pesant environ 20 kilos et qui regorge de livres, de revues et de cassettes traitant du yoga.
Un autre sac rouge de 5 kilos "seulement" m'accompagne aussi puisque qu'il est chargé de mes cours de yoga et d'affaires personnelles ainsi que de plusieurs médicaments recommandés pour le séjour.
Entre ces deux sacs, un huluberlu, ....moi, .... qui ait lancé cette idée farfelue dans les étoiles!
Sur les forums de yoga au Burkina, cet enseignement est perçu comme un thème Occidental et subversif, n'ayant pas à s'établir en Afrique.
Mais André Van Lysebeth disait que la seule mission du yogi est de transmettre. Alors je transmets!
C'est parti...

Samedi 17 décembre 2005

17h, me voilà enfin arrivé à Bobo-Dioulasso.
Je commence ma première séance de yogis à 18h30 où m'attendaient 18 yogis.
Tout le monde à fait preuve d'enthousiasme puisque j'ai réussi à capter leur attention jusqu'à 21h. Tout était presque parfait!
Nous mettons toute notre bonne humeur et notre volonté dans l'enseignement car il faut faire abstraction de l'environnement qui nous entoure. Nous ne pouvons oublier qu'ici, je suis dans un pays en cours de développement et les choses qui nous paraissent utiles dans notre vie quotidienne sont pour eux bien futiles.

Maintenant, à suivre au hazard des mobylette qui m'amèneront en ville (environ 10 Km de Boulevard en latérite). Curiosité qui m'a étonné, les conducteurs de mobylettes mettent des masques sur le visage pour se protéger de la poussière.


Lundi 19 décembre 2005

Pendant qu'Internet mouline depuis deux heures pour trouver ma boîte e-mail, j'entreprend alors d'écrire mon compte rendu de ma journée sur une logiciel de traitement de texte!
Il est 18h30 et le cours de yoga se termine à 21h. Dès la première heure, mes yogis sont épuisés car ils avaient l'habitude de séances plus relaxantes et plus courtes qui ne necessitaient que peu d'efforts. Je les surprends donc par mon rythme de travail et de l'intensité des postures. Ceci dit, la plupart s'intègrent rapidement et posent de bonnes questions pointues et précises. Donc ce soir, ce sera le "yoga de la vie courante" version Gérard, intégrant quelques adaptations locales!
Je rentre à 22h. Mon hébergeur rentré lui aussi du yoga est présent. Il allume la radio ainsi que la télévision. Celles-ci restent allumées toute la nuit! En même temps, il aimerait continuer à échanger des idées sur le yoga. Je "bruit" donc je "vis". Tel est la coutume du pays! Mais moi, j'abandonne car je lui dis qu'il n'est pas possible de lui parler s'il continue d'écouter sa radio et sa télévision en même temps!
Je prend alors la décision d'abandonner l'accueil "yogi" de Bobo. Demain, je déménage pour l'Orphelinat "L'arbre d'en face".


Mardi 20 décembre 2005

Il est 8h et j'entreprend mon départ mon l'orphelinat. Miracle car je retrouve le chemin! J'arrive à 9h et commence à m'installer dans une case traditionnelle. Enfin un peu de calme pour se ressourcer. J'ai une pensée remplie d'amitié à toute l'équipe de yoga qui me suit.

 

Voici la case où je séjourne.

Cours de yoga de 18h30 à 21h.
Je note déjà quelques abscences d'élèves, bien que des nouveaux aient fait leurs apparitions soit une vingtaine d'élèves au total. Avec ces va-et-vient, il va être plus difficile de structurer convenablement le stage. Mais tant pis, je déroule mon programme et à charge pour Prosper de transmettre après cela.

La séance : Le lieu du stage possède un sol en béton friable à souhait et qui a au moins 30 ans d'âge. Du coup, la latérite vole un peu partout dans la salle. Après la première séance, mon tapis est déjà hors d'usage. Les yeux me piquent et s'emplissent de poussières. La gorge sèche, j'ai de plus en plus de mal à parler. Moi qui ne buvait jamais durant mes séances, là j'ai dû emmener de l'eau pour boire régulièrement et ainsi continuer mon oracle. Pour rajouter à cela, trois pannes d'éléctricité ont interrompu la séance. Et il n'y a aucune pénombre dans la pièce! On attendait donc gentillement dans le noir que la lumière revienne.


La séance de yoga avec bébé.
 

Les élèves : De très bonnes questions m'obligent à puiser au plus profond de mes connaissances et de mon intuition. C'est très interessant.
La plupart d'entre eux possède une excellente souplesse au niveau du bassin. Et une dizaine font déjà la pose sur la tête!
Deux jeunes filles de 25 ans, qui rigolent tout le temps, sont inséparables. La Suissesse ré-explique mon cours en français à la Burkinabée, qui ne comprend rien à ce que je raconte. Sans doute que leurs hilarités proviennent de là?

Si demain, l'informatique marche correctement, si j'arrive à trouver un taxi (quand je n'ai pas de petite monnaie, ils ne me prennent pas) et si j'arrive à retrouver mon chemin, je pourrais vous narrer la suite de mon histoire. Hier soir, j'ai erré dans mon quartier n°21 pendant 1h avant de retrouver ma hutte. Quelle aventure!


Mercredi 21 décembre 2005

Le cours du soir commence : onze présents, et de nouveaux yogis se rajoutent à une base permanente. Un couple vient avec son bébé de 20 mois, qui joue, rigole et tape avec un bâton au rythme des postures. Même pendant la relaxation, il n'y a aucun moyen de l’arrêter. Je demande enfin à la mère de sortir. Oh, miracle c’est le tour du téléphone de Prosper de perturber la séance, en plein milieu d’un cercle d’énergie et de magnétisation. Il sursaute pousse un cri et sort téléphoner…. Je devient fou, j’hallucine et j’arrête la soirée.
Sinon madame la Marquise tout va bien , tout va très bien.


Jeudi 22 décembre 2005
Au matin, réveil au rytme des minarets des mosquées qui lancent leurs prières mais manifestement, ils n'ont pas tous le même fuseau horaire.

Dès 7h00, c'est l'heure de mes ablutions dans mon seau attitré! Puis petit déjeuner. Comme je n'ai pas mangé depuis hier midi, je dévore un oeuf sur le plat, un morceau de pain et du jus de café (délicieux quand ont a faim).

8h00 : départ pour la ville en Moby-Taxi. Mon postérieur commence à être tanné par les portes bagages de la mob!
Je traverse le marché pour retrouver mon cyber-centre, c'est celui qui marche le moins mal.
La soeur de Barnabé vient d'arriver. Son mari est guide à Banfora. Peut-être que samedi sera l'occasion de m'offrir une balade.
Dimanche j'ai réservé un avion de tourisme de 8h à 11h. Il faut que moi aussi je pense à m'envoyer en l'air, sinon je ne finirai pas le séjour.


Gérard, Véro la sœur de barnabé à droite, et au centre, Adèle mon chauffeur en Mob et mon ange gardien qui me ramène au bercail.
 
8 présents seulement hier soir au cours.
Bonne séance mais encore avec un bébé et la mère sortait de temps en temps pour le calmer. Quelques invités surprises durant le cours : des chauve-souris se baladaient dans la charpente métallique du toit !!!
Retour à l’Arbre d’en face à 21h30

La vie : Au quartier, cours de coran en pleine rue avec prêche d’un Iman et incantations jusqu'à 1h du matin.
Et pour clore la soirée, un autre groupe a fait la fête à 300m de là!

Pour l'équipe de yoga, j'ai l'impression d'être transparent. Je suis là, mais c'est tout à fait normal, ils viennent, s'installent et consomment.
Je guette un merci, une invitation, quelque chose... peût être vers le 2 janvier?
Hier soir je leur ai donné l'autorisation de me saluer!

Vendredi 23 décembre 2005

Le réveil démarre difficilement : les minarets commencent à débiter leurs appels, avec de mauvaises sono à 4h30 précise.
Puis à 5h30 puis à 6h30 selon les heures légales de leurs pays d’appartenance (celui qui subventionne).
A 7h00 nettoyage, rasage, morceau de pain engloutie, jus de café avalé et hop en ville, pour vous écrire. 61 minutes pour réussir à écrire et envoyer un message.

Le cours de yoga : 8 présents hier soir. Soit un taux de perte en ligne significatif.

Gérard , avec bébé, il m'a adopté et ne me lâche plus, pas encore en chevelure locale, mais çà me tente

Dans l’après midi je suis passé au centre culturel Français où il y avait une exposition de masques. Lesquels j’ai pu rattacher au yoga, surtout à travers des postures de Bababar Kane et son yoga égyptien. Ce matin, j'avais rendez-vous avec les artistes, deux jumeaux qui m'ont servi de guides. Promenade géniale, qui m’a fait revivre mes séances de « rebirth » (renaissance). Entre autre : Une simulation de la naissance, avec ses blessures, qui me parlait profondémment. Une croix Bobo qui résume toutes les croix des croyants, et où j’ai découvert la croix d'Ankh (ou croix de la vie). A la bibliothèque du centre culturel Français, j’ai trouvé un livre où j’ai pu expliquer à l’artiste ce qu’elle signifiait. Donc hier soir, on s’est dit au revoir jusqu’à lundi.
Demain c’est le 24. Donc Noël et toujours aucune invitation. Je le sentiment d'être transparent.

La nuit : Retour à l’arbre d’en face à 22h, il est vendredi, les musulmans fêtent. Cela dure jusqu’à 2h du matin, dans tous les quartiers aux alentours. Là je ne résiste plus et déchire un mouchoir en papier pour en faire des tampons pour les oreilles. Las à 4h30, les muezzins s’y remettent à tour de rôle. Vers 5h, les coqs par centaines aux quatre points cardinaux claironnent le début de la journée.


Samedi 24 décembre 2005
6h30. Je suis debout et il n’y a rien à faire dehors. C’est maintenant le ronflement immense des activités de la ville.
Heureusement que mon chauffeur, Adèle s’occupe de moi. A 9h, elle vient me chercher. Adèle n’a pas mangée depuis hier midi et nous casse croûtons ensemble au bord de la route. Puis elle m’a amenée au CCF, puis au cyber-café, où elle reviendra me prendre vers 16h.

Barbabé en chevelure locale, avec bébé.
 

La ville : 400 000 habitants, qui jettent leurs ordures devant leurs maisons, en remplissent les caniveaux et les brûlent au fur et à mesure. Une poussière et une fumée infecte me brûlent la gorge et le nez. Moi qui suis capable de sentir un mégot à 15 mètres, je souffre.


Lundi 26 décembre 2005

Le matin à 10h, j'ai rendez-vous dans un séminaire. 14 yogis m’attendaient dans une très belle grande salle. Prosper à assuré le cours, ce qui m’a permis de rectifier sa manière de travailler. Mais là aussi pas d’implication de la part des yogis, juste des consommateurs de yoga n'ayant pas de réélle reconnaissance. Prosper s’épuise donc à tourner en ville sur les différents sites à ses frais. Pas de cours payés ni même une cotisation minime.

Le soir à 18h : 8  présents au cours de yoga tourné sur le thème de l'Egypte. Dans mes cours que j’ai préparé, la plupart  des postures ont déjà été pratiquées. Il reste encore quelques postures à voir et d'autres à approfondir. Je leur avait demandé d'apporter pour certaines postures des accessoires, bâtons et cordelettes. Résultat : RIEN!
Que restera-t-il après mon départ? Mystère. Ici, si vous avez un problème, vous l’envoyer dans les étoiles.


Mardi 27 décembre 2005

Avant la séance nous avons rendu visite au Colonel qui commande le camp et la Région Miliaire de l'Ouest. C'est un homme instruit, distingué et possèdant une très grande ouverture d'esprit. Et Prosper qui s'étonnait du manque de motivation, il a expliqué pour les activités sportives qu'il rencontrait les mêmes problèmes de disponibilité.

Ce soir, 8 yogis pour le cours. Nous avons travaillé les pranayamas et plusieurs postures de couples.


Mercredi 28 décembre 2005

Aujourd’hui midi, c'est ma première invitation yogique. Une adepte, son mari et leurs six enfants. Ce sont des personnes charmantes.

16h : cyber-café. J’attend Adèle, mon moby-taxi pour me ramener au cours de yoga de 18h30, où tous le monde se fait un point d’honneur à arriver en retard. A combien seront nous ce soir, c'est le mystère quotidien.

Je remets le lien de l'Arbre d'en Face : http://www.arbredenface.org.

Aujourd'hui nous avons fêté l'anniversaire de "Awa". C'est donc son arrivée au centre à ce jour. Cela lui tiendra d'état civil, et ceci pour tous, né(e) à une date inconnue et abandonné(es). Les ages aussi sont mentionnés d'après des techniques connues des mères (marche, propreté, dents et autres indices).


A suivre...